Lorsque le vin de bordeaux inspirait les faiseurs de soda.

Coca-Cola… Après « Ok », c’est le mot le plus entendu dans tout le système solaire ; c’est surtout la singulière aventure d’un vin de bordeaux qui a mal tourné… ou presque.

Le mois précédent, nous parlions de la prohibition. C’est bien cette célèbre interdiction étasunienne d’importer, vendre, acheter et, in fine, boire de l’alcool qui a été à l’origine du plus célèbre des sodas. Osons le dire tout haut : avant de devenir le vocable tétrasyllabique fameux,  Coca-Cola était un vin de bordeaux avec une sérieuse dose de cocaïne. Et lorsque l’on décréta, au pays des pères fondateurs, l’interdiction de boire de l’alcool, on s’autorisa, dans un miracle à l’envers, à changer le vin en eau sucrée, tout en conservant un fort taux d’une substance qui fait aussi tâche qu’un gros rouge de pinard mauvais.

En associant un grand cru de bordeaux, Mariani, certes Corse mais bon français avant tout, aura l’intuition géniale de créer une boisson doublement récréative : on peut être bourré et stone à la fois.

Le Français im-bu de lui-même

Reprenons d’abord depuis les débuts. L’inventeur du vin de bordeaux à la coca, ancêtre de l’illustre breuvage nord-américain, était Corse. Angelo Mariani, préparateur en pharmacie, fabrique un « remontant » qui redonne de la vigueur aux corps fatigués et aux âmes en peine. Mais la mixture est amère, imbuvable en l’état. Il cherche, pour son remède, l’excipient savoureux qui saura ravir les foules. En associant un grand cru de bordeaux, Mariani, certes Corse mais bon français avant tout, aura l’intuition géniale de créer une boisson doublement récréative : on peut être bourré et stone à la fois. Le vin Mariani connaîtra dès la fin du 19e siècle un succès planétaire : Jules Verne, Alexandre Dumas, Émile Zola, Thomas Edison, les frères Lumière, plusieurs Présidents américains, une flopée de reines et de rois ainsi que trois Papes avoueront et vanteront les bienfaits de la liqueur qui contient autant de cocaïne qu’un bon snif de golden trader.

Mais Mariani est un chercheur créateur, pas un commerçant. Si toute la publicité de son vin encocaïné repose sur les grandes personnalités, le bon peuple, qui ne sait pas boire, est totalement oublié : le vin Mariani est relativement cher et n’est pas à la portée de la bourse du premier poivrot.

le Général Grant, qui n’a pas encore l’âme protectionniste d’un Donald Trump lequel préférerait défendre une préparation d’œufs au bacon en poudre à une vraie omelette au lard de paysan auvergnat uniquement parce que la mixture lyophilisée infâme est fabriquée par trois rednecks consanguins dégénérés et pédophiles des montagnes du Midwest.

Le faussaire américain (et un peu charlatan)

Alors que le célèbre vin Mariani tente de s’écouler sur le vaste marché américain, John Pemberton, mi pharmacien, mi vendeur d’élixir-miracle, met au point un copié-collé du « Coke français » en l’appelant « French Wine Coca ». Cette réplique un peu grossière du vin franco-corse souhaite conquérir l’étal des boissons de luxe. Le vin Mariani bénéficie malheureusement d’une trop grande notoriété et même de la bénédiction d’un grand héros de la guerre de sécession devenu président, le Général Grant, qui n’a pas encore l’âme protectionniste d’un Donald Trump lequel préférerait défendre une préparation d’œufs au bacon en poudre à une vraie omelette au lard de paysan auvergnat uniquement parce que la mixture lyophilisée infâme est fabriquée par trois rednecks consanguins dégénérés et pédophiles des montagnes du Midwest.

Ensuite, si Thomas Edison lui-même se shoote au vin Mariani pour éclairer son bel esprit et calmer ses vieilles blessures de la guerre civile, les Américains, qui ne savent pas boire, sirotent toujours autant du whisky, produit bien anglo-saxon : ces grenouilles de Français ne vont tout de même pas leur donner des leçons de beuverie. Pemberton, lassé d’émuler un vin français à la coke et accro lui-même à la cocaïne en bouteille vendra toutes ses parts à ses collègues en prenant le chemin des « toxicos anonymes » tout en gobelotant en douce, derrière le comptoir de sa pharmacie, le vin Mariani qui avait bien meilleur goût que la piquette du « French Wine Coca ». Les bons amis et associés du pharmacien restés avec un stock inutile et risquant, eux-aussi, de devenir junkies, ne connaîtront la gloire intergalactique que quelques décennies plus tard grâce à la prohibition de 1919

La copie du vin Mariani, jadis ersatz de vin de bordeaux coupé à la coke, devient une limonade avec une bonne dose de cocaïne ; le produit coûte moins cher et les poivrots deviennent des junkies sans trop souffrir de la prohibition qui durera jusqu’en 1933, date où monsieur Hitler, sobre comme un pou mort, interdira dans son pays presque tout ce qui ne venait pas de Germanie, sauf la vente du Fanta, invention purement allemande mais breuvage produit dans les usines de la The Coca-Cola Company Gmbh.

Les vrais commerçants

Cette interdiction providentielle boutera hors des Etats-Unis toutes formes d’alcool, le vin Mariani y compris. Les associés de Pemberton, bons commerçants avant tout, s’occuperont de l’affaire du vin français à la coca de manière plus professionnelle : il y a parmi eux un comptable qui a déjà compris le pouvoir de la pub et le secret hypnotique d’une forte identité visuelle. Le « French Wine Coca » en 1919 subit la transformation de la « cirrhose inverse » : son vin est donc changé en eau sucré. La copie du vin Mariani, jadis ersatz de vin de bordeaux coupé à la coke, devient une limonade avec une bonne dose de cocaïne ; le produit coûte moins cher et les poivrots deviennent des junkies sans trop souffrir de la prohibition qui durera jusqu’en 1933, date où monsieur Hitler, sobre comme un pou mort, interdira dans son pays presque tout ce qui ne venait pas de Germanie, sauf la vente du Fanta, invention purement allemande mais breuvage produit dans les usines de la The Coca-Cola Company Gmbh. Lorsque le führer se suicide en 1945, les rumeurs racontent qu’il suggéra à son électricien de changer une ampoule du bunker en utilisant deux rangées de bouteilles du coca-like en guise d’escabelle… Petit intermède hors sujet mais qui servira à dire que dès que l’on commencera à s’interroger sur les effets malfaisants de la cocaïne, le vin Mariani tombera dans l’oubli et les associés d’Atlanta vireront vite-fait la teneur « énergisante » de leur sirop par une formule qu’il déclareront secrète, comme ça, juste pour ajouter une aura de mystère à un produit qui inondera la planète tout entière. On dessinera un joli logotype et l’on façonnera une belle petite bouteille en verre afin de la vendre ailleurs qu’à la fontaine des vendeurs de limonade d’Atlanta. Le reste appartient au patrimoine de la culture populaire et universelle, nul ne saurait aujourd’hui le nier.

On peut dire que Coca-Cola est né officiellement le jour de la grande prohibition. Mais cette date ne colle pas avec les hagiographes du soda le plus bu dans le monde qui ont fait de ce roman une histoire aussi impénétrable que le fameux « seven X » jusqu’à nier que « Coca-Cola », comprenez la version soda du « French Wine Coca », n’a jamais contenu une seule goutte de coke. Si l’on peut affirmer sans tomber dans une espèce de chauvinerie démentielle que le premier pas sur la lune a été inspiré par Jules Verne, n’oublions jamais que le premier « Coca » fut une invention bien française même si, dans 1000 ans ou moins, la Corse devenait italienne, sarde, mauresque, bretonne ou… corse.

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