Une histoire populaire des boissons de l’antique – Partie 3

Thé ou café ?

Parmi les anciennes civilisations du vaste continent africain, il en est une à qui l’on doit l’un des breuvages les plus prisées au monde. Puisqu’il s’agit d’une très courte histoire populaire des boissons de l’antique mêlée à de vagues états d’âme autour de notre évolution, nous débuterons par l’une de ces décoctions qui n’a pas vraiment contribué à changer, hormis la couleur de l’eau, le fin fond cosmique de la planète terre, cette fausse étoile perdue dans l’univers machin.

Time for Tea!

Le thé, en effet, n’a jamais été rien d’autre qu’un tas de feuilles séchées et infusées dans un bol d’eau bouillante. D’ailleurs, la technique n’a pas vraiment changé depuis 5000 ans. Au 28e siècle avant notre ère, l’empereur Shennong, mi-homme, mi-dieu, vint au monde avec une tête de bœuf et un torse translucide. Cette anatomie de mutant lui permet de se spécialiser dans l’agriculture et l’étude des simples. Notre X-Men de l’antique s’assoupit un jour au pied d’un grand arbre (un théier, s’il n’est pas taillé correctement, peut atteindre 20 mètres de haut), un chaudron d’eau en ébullition à ses côtés, trois ou quatre feuilles en tombent et voilà, par la double magie de la gravitation et de l’infusion, est servi le premier verre de thé buvable de l’humanité.

Fin de l’histoire ou plutôt, début de la très ennuyeuse saga du thé qui, de millénaire en millénaire, ne variera ni dans le dosage ni dans la méthode de préparation… Et encore, le sachet doseur fut inventé non pas par un Anglais, mais par un New-Yorkais radin qui préférait envoyer son thé dans des petits sacs de soie plutôt que dans une coûteuse boîte de métal. Et n’omettons pas la ridicule tradition du Five O’clock Tea qu’une duchesse anglaise, boulimique et capricieuse, introduisit en pleine époque victorienne pour imiter ces « grenouilles de Français ». D’ailleurs, le thé ne sera ni plus ni moins qu’une boisson exotique concurrençant de manière déloyale (parce qu’exotique) toute la flore infusoire des nations libres dans laquelle nous citerons le yerba maté des Argentins, la sainte décoction d’ephedra sinica des mormons de l’Utah (qui ont interdit la caféine dans leur régime alimentaire), le kombucha ou préparation d’algues bouillies des Japonais ou encore le thé d’Aubrac : production 100 % française à base de calamintha grandiflora…

Le café, invention est-africaine.

Revenons à présent autour du café, bu par l’ensemble des peuples de la terre à l’exception de quelques Anglais jaloux et un bon milliard de Chinois chauvins. L’histoire de cette boisson est loin d’être aussi impériale que celle de son énervant concurrent, on ne fait appel qu’à la perspicacité d’un pauvre berger éthiopien. Il y a très longtemps, les chèvres de Kaldi, pâtre abyssin, broutent les baies d’un arbuste. Elles présentent alors un comportement étrange, le berger en fait part à ses collègues, on se rassemble sous l’arbre à palabres : la boisson planétaire est née. Fin de l’histoire aussi, mais le café est un brin plus complexe à produire, son processus d’élaboration est long et nécessite un indéniable savoir-faire : le mérite de son expansion en est donc supérieur. En outre, le café a apporté son lot d’innovations industrielles et un incroyable merchandising autour de sa consommation. La mise en avant du café est aussi un bon moyen de parler, en partie, du vaste continent africain, et plus précisément de l’Afrique de l’Est et de son représentant le plus prestigieux.

Le café a apporté son lot d’innovations industrielles et un incroyable merchandising autour de sa consommation. La mise en avant du café est aussi un bon moyen de parler, en partie, du vaste continent africain, et plus précisément de l’Afrique de l’Est et de son représentant le plus prestigieux.

L’Éthiopie, berceau de l’humanité, premier empire salomonide, siège de l’O.U.A, sources du Nil, terre promise du café originel et des rastas, pays aux 13 mois de soleil… Cette contrée est en effet l’une des rares nations africaines à posséder un alphabet qui lui est propre (même si ses origines sud arabiques ne font aucun doute) et surtout une ascendance quasi biblique dans un continent encore très imprégné d’influences religieuses se référant presque toutes au dieu unique d’Abraham.

Retour aux sources.

Revendiquer l’héritage du Roi Salomon, Prophète, puits de sagesse, poète, amateur de bon vin et de belles femmes n’est pas chose aisée surtout quand se bousculent, aux portes de cette gloire antique, de nombreuses nations qui font du monothéisme abrahamique leur religion d’État. Mais dans ce pays multiethnique et pluriculturel africain, chaque habitant vous le dira : les dignes descendants du roi Salomon et de la reine de Saba, ce sont eux.

Après l’effondrement du barrage de Mârib au Yémen, la reine légendaire, qu’on nomme Makéda ou Balqis, installe une nouvelle colonie sabéenne avec l’aide de son père, Abou Foutouh, dans la fraîcheur boisée des hauts plateaux éthiopiens. La reine de Saba entend un jour parler de Salomon tout nimbé de gloire céleste, nanti de somptueuses richesses ; elle se décide à entreprendre un voyage diplomatique vers Jérusalem.

Revendiquer l’héritage du Roi Salomon, Prophète du Dieu unique, puits de sagesse, poète, amateur de bon vin et de belles femmes n’est pas chose aisée […] Dans cette nation pluriculturelle africaine, chaque habitant vous le dira : les dignes descendants du roi Salomon et de la reine de Saba, ce sont eux.

La reine Balqis, d’une beauté aussi légendaire que le roi qu’elle va rencontrer, se présente par devant Salomon qui l’invite à passer une nuit au palais. Balqis redoute le pire. Connaissant la réputation du monarque hébreu à qui l’on prête un harem de 1000 épouses, la reine Baqlis exige donc des garanties : Salomon les lui accorde à condition qu’elle ne prenne rien de ce qui lui appartient dans le palais sans son expresse autorisation. Le soir, un festin en l’honneur de la reine de Saba est donné, celle-ci se permet quelques mets fortement épicés que le roi lui suggère… dans toute sa sagesse. Après la fête, Salomon offre à Balqis un lit dans la chambre royale, quant à lui, il dormira dans une autre couche placée dans la même salle, mais séparée par une lourde et épaisse tenture. Le roi réitère alors son avertissement : « si tu devais prendre ce qui ne t’appartient pas, tu seras mienne ! »

Durant la nuit, la reine de Saba a le sommeil troublé et n’arrive pas à se rendormir… sur une table basse, non loin de son lit, elle aperçoit une aiguière emplie d’eau, breuvage idéal pour calmer l’ardente soif provoquée par un repas trop épicé. Elle s’empare du vase et le porte à ses lèvres. En attente derrière l’épais rideau, le roi Salomon surgit soudain et s’empresse de rappeler la reine à ses obligations… Balqis retournera dans son royaume éthiopien, se jurant de ne plus remettre les pieds en terre d’Israël. L’enfant conçu lors de cette nuit naît, grandit et devient un homme. Il décide un jour de rendre visite à son père et part pour Jérusalem avec une cour réduite. Le roi Salomon reçoit le jeune homme comme un ambassadeur étranger mais ce dernier réclame le trône. Salomon, que la vieillesse a rendu presque sénile, s’emporte et marmonne : « Man Ilek ? » « Qui l’envoie ? ». Le fils de la reine de Saba, à défaut d’être proclamé digne héritier, aura trouvé un nom : Ménélik. Craignant pour sa vie, car les conspirateurs sont nombreux à la cour du roi des rois, le jeune Ménélik s’enfuit avec l’arche d’alliance et une petite troupe de fidèles Hébreux qui formeront la future dynastie salomonide (officiellement arrivée au pouvoir en 1270 de notre ère) qui ne s’éteindra que lors de la chute de l’empereur Hailé Sélassié, 65e et dernier représentant de l’une des plus anciennes maisons royales régnantes dans le monde.

Fin d’une autre histoire mythique qui commença par un verre d’eau… l’eau, source de toutes les vies et sans qui nous ne pourrions pas étancher cette soif quasi mystique de comprendre les choses.

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