Une brève histoire des prohibitions : préambule.

Depuis les premiers pas de l’homme civilisé sur cette planète, ses frasques dues à une surconsommation d’alcool sont nombreuses, suivies parfois, effet papillon oblige, d’une longue série de crétineries en chaîne. L’ivresse de Noé telle que décrite dans la Bible ainsi que la malédiction qu’il invoqua sur la descendance de Cham, l’un des ancêtres supposés des nations d’Afrique, justifiera chez certains « influenceurs » durant les derniers siècles du second millénaire le plus long crime de l’humanité, à savoir l’esclavage systématique de certaines tribus africaines. Néron, harpiste-héros de son temps, ami du peuple certes autant qu’artiste incompris aurait, à cause de son penchant pour l’amphore, brûlé Rome avec une flasque de pinard grec, chantant : « Oh, oh… turbulentes flammes, omnipotent pouvoir salut ! » Un bel incendie, sur le sang des premiers martyrs de la chrétienté et qui permettra de reconstruire la ville selon les goûts de l’empereur au sortir de son coma éthylique. Plus proche de nous, Staline, furieux paranoïde, qui prenait des bains de vodka avant de dicter, la gueule de bois et l’œil rouge, des listes de pauvres types qui recevaient au mieux, une balle, au pire un aller simple pour un camp de rééducation sibérien. Ne parlons pas d’Uday Saddam Hussein, soudard et tueur de pauvres filles parce qu’il avait le vin mauvais et de sérieux problèmes au membre viril autant qu’à la tête. Encore plus près : Kim Jong-Un, sa face de baigneur en celluloïd ne pourra jamais masquer la petite frappe fratricide qu’il est ni l’indéniable fait que, selon des sources non avinées, il ait besoin de la bouteille pour se croire grand dictateur du haut d’un balcon ou sous la couette d’un lit. Plus anodin mais sûrement plus tragique : outre les milliers de morts sur la route à cause de chauffards imbibés, il faudra évoquer aussi et surtout la longue cohorte des femmes et gosses cognés à mort par l’ivrogne qui rentre…

Outre les milliers de morts sur la route à cause de chauffards imbibés, il faudra évoquer aussi et surtout la longue cohorte des femmes et gosses cognés à mort par l’ivrogne qui rentre.

C’est peut-être donc à cause de ces titubements chaotiques de notre courte histoire que l’homme s’est mis en tête de contrôler drastiquement la consommation d’alcool voire de l’interdire durablement. Cette incarnation éthylique du mal doit cependant ne jamais nous faire oublier qu’Hitler, fils naturel du malin et architecte du plus grand crime de l’humanité, n’a jamais approché, ou très peu, une seule goutte de vin ou de bière munichoise, pas même un verre de champagne après sa plus grande victoire qu’il célébra, ascète, dans une très austère et discrète visite de la capitale française « brisée et outragée », le 23 juin 1940.

Faut-il interdire les boissons alcoolisées ?

Alors faut-il prohiber ou pas la consommation d’alcool ? Légiférer lourdement à chaque fois qu’un soûlard se met à créer des cassures sur les fils de la destinée n’est-il pas le début de la fin des libertés individuelles au profit de la sûreté collective ? Et le pire dans tout cela, c’est que les Ets Fratacci B. B. Modi, premier importateur de boissons alcoolisées ou non en corne de l’Afrique, ont confié cet épineux dossier à un type qui n’a jamais bu que de l’eau plate ou du jus de fruits sans sucres ajoutés… autant demander l’avis d’une mitrailleuse lourde dans les bras d’un pacifiste.


Pour mieux comprendre cette brève histoire de la prohibition, il conviendrait de débuter cette soûlographie au cœur de toutes les ivresses, dans le saint des saints où ont coulé les premières libations éthyliques, à la racine du mal orgiaque : la France, citée pour une comparution immédiate car première exportatrice mondiale de l’ivrognerie en bouteille qui n’a, curieusement, jamais connu ou presque la prohibition : « C’est que nous mon bon monsieur, on sait boire ! »

La France et les Français, sans qui les choses ne seraient que ce qu’elles sont.

Au pays de la bonne chère et du bon vin, aura-t-on assisté à pareille infamie, celle d’interdire les bars et buvettes si chères à la bonne franquette d’antan ? Si les traditionnels bars sont officiellement en voie de disparition aujourd’hui, les étrangers qui visitent chaque année le plus beau pays du système solaire et des galaxies voisines sont presque unanimes : l’esprit français de franche convivialité est en train de prendre le vieux goût du vinaigre. La mauvaise part à l’évolution d’un peuple qui ne sait plus vraiment où il va, mais sait se souvenir d’où il vient, même si les origines lointaines et supra cosmiques de son héritage commencent par sentir la naphtaline et dégager une odeur de mythe. En Gaule française, l’ivrognerie est toujours endémique en certaines contrées dont nous tairons avec beaucoup de prudence le nom. Déjà que voir se mirer le divin au fond d’une coupe nous vaudra bien une petite décollation du chef pour la forme, reconnaître sans tabou les tares bien de chez nous risquerait à se suicider contre notre propre volonté d’en finir. Nonobstant l’interdiction d’apprendre l’ivrognerie dès la maternelle en 1957 (où une circulaire demandera aux cantines de ne plus servir du gros rouge qui tâche aux gamins de moins de 14 ans), la seule « prohibition » française connue eut lieu sous le régime des Allemands. L’Allemagne de monsieur Hitler, reconnaissante des bienfaits du bon vin et des liqueurs de l’ancien royaume des Francs, n’exigea qu’une livraison à cadence infernale de biens en tous genres… et la mainmise quasi totale des meilleurs crus. On ne trouvera pas de Verbot formel de la Gestapo quant au rinçage de dalle pour les Français vaincus et dégénérés raciaux si ce n’est qu’ils devront se résoudre à boire n’importe quelle piquette… En bon vieillard providentiel, le Maréchal Pétain, roi de Vichy, ordonna dans un de ses décrets dont il avait le secret, d’interdire ou plutôt de restreindre, pour le bien du bon peuple dévoué et boniface, l’insupportable et puissante volonté d’oublier son plus grand malheur dans la picole.

C’est donc dans une allocution épistolaire du 20 août 1940 que celui dont le nom sonnait comme un coup de feu déclarait de son écriture chevrotante : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser de boire ». Prévert, poète et alcoolique dans ses bons jours, à l’écoute du désastre, détalera illico presto en Italie, à l’époque où Nice était revenue dans le giron fasciste de Mussolini ; le Duce, avant de devenir l’automate désarticulé de la république de Salo, avait quand même dit à ses soldats à la frontière de ne pas inquiéter « les juifs qui tenteraient de fuir la France pour venir se réfugier chez nous ». Comme quoi, la modération en tout, reste de rigueur… On pouvait être un gros fasciste doublé d’un antisémite sans pour autant décréter l’extermination immédiate de tout un peuple. Le fanatisme, lorsqu’il aboie un peu trop fort au-dessous du balcon de chez n’importe qui doit recevoir le châtiment qu’il mérite : un bon seau d’eau froide (ou de vin chaud) sur le museau.

La seule « prohibition » française connue eut lieu sous le régime des Allemands. L’Allemagne de monsieur Hitler, reconnaissante des bienfaits du bon vin et des liqueurs de l’ancien royaume des Francs, n’exigea qu’une livraison à cadence infernale de biens en tous genre et la mainmise quasi totale des meilleurs crus

La modération… Si l’on devait dénicher un lieu commun à toutes les sentences sapientiales du monde, c’est bien l’usage en toutes circonstances de la modération, d’être modéré en toutes choses ou presque. Comme le suggère la minuscule injonction apposée sur la quasi-totalité des publicités pour alcool, sachez donc apprécier et consommer ces quelques lignes avec [beaucoup] de modération.

Pour connaître la légende des affiches de la lutte anti-alcoolisme à l’époque soviétique, rendez-vous sur l’excellent article dGEORGUI MANAÏEV

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